Cauchemars

 

 Il est derrière moi, je le sens. Il ne faut pas qu'il m'attrape ! Cours ! Cours ! ! Mais pourquoi cette rue est-elle si longue ? Non ! je ne veux pas me retourner, je ne veux pas voir cette chose. Mais, qu’est-ce qui se passe, le sol… le sol… Il est mou. Qu’est-ce que c’est ? Des visages ? des visages humains ? ! Delphine ? ! Cette ombre ? ! L’Entité… ? !

- Aaaaah ! ! !

Où suis-je ? mon lit !

- Et merde !

Mes draps sont trempés. C’est normal, je suis en sueur. Je mets ma main à ma tête. Je suis brûlant. Oh non ! encore un de ces cauchemars affreux. Le réveil-matin indique 2h05. C’est la nuit noire. 2h05… non, maintenant il est 2h06. Je ne dois me lever normalement que dans cinq heures. Je me lève et me rends dans le noir dans ma salle de bains. Là, j’allume la lumière et après m’y être habitué, je me regarde dans le miroir. Eh bien ! c’est pas brillant. Depuis quand j’ai les traits aussi tirés ? Certainement depuis que je fais ces cauchemars chaque nuit. Je me passe la main dans les cheveux. Ils sont trempés de sueur. Allez, un petit tour aux toilettes, puis une bonne douche pour me nettoyer tout ça.

 La douche m’a fait du bien. Je retourne dans ma chambre. Dans la pénombre, je vois quand même mon lit : les lueurs de la ville passent à travers mes double-rideaux. On dirait qu’une guerre a eu lieu dans ce lit. Ca n’est d’ailleurs pas si faux. J’enlève les draps moites et je sors de mon placard des draps propres. Une fois fait, je me remets dans mon lit. Le réveil indique 2h19. Le problème est que je suis maintenant trop réveillé. Je crains de ne pas pouvoir me rendormir. Quelle gueule je vais avoir quand il faudra que je me lève…

 

 Je suis réveillé par la radio. Le réveil indique 7h00. Finalement je me suis rendormi. Heureusement que je n’ai pas rêvé… Je me lève. Oooh ! quelle migraine ! Ce matin, le petit déjeuner sera surtout composé d’aspirine.

 - Damien ? tu as une tête de déterré aujourd’hui !

Je lève la tête. Christophe…

- Salut Christophe. Ca se voit tant que ça ?

- Tu fais peur avec ta tête ! Si l’Entité Noire te voit comme ça, elle va s’enfuir illico presto !

- J’aimerais que tu dises vrai, dis-je. Mais dans l’état où je suis, je crois que ce serait plutôt le contraire qui arriverait.

- Qu’est-ce qu’y t’arrives ? me demande Christophe. Ca fait près de trois mois que tu es comme ça. Qu’est-ce que tu as ? Tu sais quelque chose ? tu ne veux rien nous dire…

- Qu’est-ce qu’il y a à dire ?

- Bon, viens avec moi, on va prendre un verre.

- Et tes cours ?

- Ils s’en sortiront sans moi. Je peux me permettre de rater une heure de temps en temps, si c’est pour aider un ami… Allez, attends-moi deux minutes. Je vais chercher mon manteau et j’arrive.

Il sort rapidement du foyer en m’y laissant, entouré de tous ces gens qui ne font même plus attention à moi. Ils sont habitués à me voir maintenant que je passe toutes mes matinées à PC. Il n’y a que des 116 en ce moment. Les 117 n’ont pas encore pris leur pause. Ah ! bienheureux les ignorants… Christophe et Ivan ont préféré ne rien leur dire. Résultat : ils ne se doutent de rien, et surtout pas de ce que je suis. Une véritable Omerta pèse sur toute cette histoire. Nous sommes en novembre. L’Entité Noire est apparue pour la dernière fois il y a trois mois. Elle avait écrit que la fête commençait, mais nous attendons toujours. En tout cas, nous n’avons pas chômé durant tout ce temps. Philippe s’est remis à travailler sur la poudre noire, sans résultat pour l’instant (mais au moins il n’a pas subi d’autre blessure), Maya essaie d’apprendre tout ce qui est possible sur cette chose, mais il semble que l’Omerta existe aussi dans les autres plans. L’Entité Noire est un tabou, cela je l’ai compris. J’aimerais maintenant comprendre pourquoi. Et puis tout ce temps, ça m’énerve… Au point que je me demande si elle n’en fait pas exprès de rester silencieuse pour me taper sur les nerfs.

- Allez, viens Damien, je t’offre un verre.

Christophe est revenu. Je me lève doucement (ce mal de tête ne s’arrêtera-t-il donc jamais ?) et je le suis. Nous sortons de PC, puis nous allons vers la rue Mouffetard. Quel froid ! Ce mois de novembre est le plus froid que j’aie jamais vécu. Enfin Christophe me conduit dans un bar et nous nous asseyons à une table près du radiateur.

- Qu’est-ce que tu prends ? me demande-t-il.

- N’importe quoi, tant qu’il y a de l’aspirine dedans, répliqué-je.

- Bon…

- Vous désirez ? demande le garçon qui vient d’arriver à notre table.

- Alors… un chocolat chaud pour moi et… commence Christophe.

- Un simple café pour moi, dis-je.

- Tout de suite messieurs.

Le garçon s’en va. Je me retourne vers Christophe. Il me scrute intensément.

- Allez, raconte-moi tout, dit-il. Il est temps que tu arrêtes un peu avec les problèmes des autres et que tu t’occupes des tiens. Il y a un an, j’avais moi-même des problèmes, et j’ai été content de trouver des oreilles attentives.

- Bon… soupiré-je, si tu insistes…

- J’insiste, réplique-t-il.

- Bon, bah, simplement, depuis la dernière apparition de l’Entité, je fais des cauchemars tous les soirs.

- C’est tout ?

- Attends, je ne t’ai pas raconté. Maintenant, j’ai peur de m’endormir le soir. Quand je commence à rêver, tout se passe bien. Mes rêves sont normaux, enfin, aussi normaux que des rêves peuvent l’être, et puis tout s’accélère, et je me retrouve dans une rue fantomatique, poursuivi par je ne sais quelle horreur que je n’ose pas regarder. Et puis le sol devient mou, je le regarde et…

- Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ?

- les dalles du sol sont devenues des visages, des visages tordus de douleur, des visages hurlants sans que sorte le moindre son de leur bouche, des visages en état de décomposition qui continuent cependant à hurler ! Et puis je vois d’un seul coup le visage de Delphine, ou même le mien ! Et je me réveille en sursaut, trempé de sueur dans un lit où on dirait qu’une guerre a eu lieu.

- Damien, ça va ? ! Tu as l’air bouleversé !

- Ca va, ça va, dis-je en essuyant mes larmes. Me remémorer ces cauchemars me fait mal. Comme si on allait m’arracher les tripes.

Le garçon arrive et nous sert nos commandes.

- Laisse, dit Christophe, je paie tout.

Quand le garçon est reparti, Christophe reprend :

- Ca fait vraiment trois mois que tu fais ces cauchemars ?

- Tous les soirs, acquiescé-je.

- Mais tu es fou ! Pourquoi avoir attendu si longtemps avant d’en parler à quelqu’un.

- Ce ne sont que des cauchemars, je me suis dit que j’étais simplement un peu fragile en ce moment. Ca m’est déjà arrivé quand j’étais sur des affaires difficiles.

- Et ça faisait déjà comme ça ?

- Non, c’est vrai que c’est la première fois que je fais des cauchemars à répétition.

- Et tu les faisais déjà quand nous sommes allés dans les souterrains ?

- Ca faisait presque un mois, si je me rappelle bien. C’est pour ça que j’étais aussi nerveux. Mais on n’a rien trouvé.

- Eh oui… Peut-être qu’il n’y avait rien à trouver… Mais j’y pense, ça fait un moment que Delphine est bizarre elle aussi !

- Comment ça ?

- Tu n’as pas remarqué ? Elle est tendue comme une corde à piano. Elle le cache très bien mais je la vois souvent sursauter, comme si elle avait entendu quelque chose. Et puis sa détermination a baissé, enfin je trouve…

- Et tu crois qu’elle aussi est victime de cauchemars ?

- Tu dis que tu la vois dans les tiens ? Donc c’est possible.

- Mais pourquoi ? On dirait que tu as une idée. Pourrais-tu me la faire partager.

- Ca m’étonne que tu n’y aies pas pensé toi-même. Delphine et toi, vous êtes les seuls que l’Entité Noire ait approchés de très près. Elle a elle-même écrit qu’elle vous connaissait. Ca m’a fait penser que ses sens étaient bien différents des nôtres, et qu’elle ne " voyait " que les êtres qu’elle avait " touchés ". Peut-être qu’elle connaît votre empreinte psychique, ou je ne sais quoi d’autre. En tout cas, elle connaît vos noms, ce qui veut dire qu’elle a été capable de lire vos pensées. Elle peut dans ce cas aussi influencer vos rêves.

- Oui ! tu as raison. J’ai été vraiment bête de ne pas m’en rendre compte. Maintenant que tu me le dis, ça me paraît évident. Il faut aller voir Delphine et lui demander si elle aussi elle fait ce genre de rêves !

- Attends. Toi, tu es dans un état pas possible. Tu ferais mieux de rentrer te reposer un peu, au moins aujourd’hui et demain.

- Mais…

- Ecoute : pour PC, il y a Ivan, Delphine et moi. On a chacun un talisman. Pour ton boulot, à ce que tu m’as dit, tu n’as pas d’autres affaires en cours, et tu as ta secrétaire pour les problèmes administratifs et pour prendre les messages. Alors je te propose ceci : tu rentres chez toi, tu appelles ta secrétaire pour lui dire que tu es malade, tu te loues quelques cassettes vidéo, tu te mets en charentaises dans ton fauteuil et tu nous oublies pendant deux jours. Fais tout ce qu’il faut pour te changer les idées. Je m’occupe d’interroger Delphine. Okay ?

Je réfléchis un instant. Il n’a pas tort. Ca me ferait le plus grand bien.

- D’accord, dis-je. Je disparais pendant deux jours pour me refaire une santé. Mais tu es sûr que ça va aller ?

- T’inquiètes pas. Dans ton état, tu ne nous serais d’aucune utilité de toute façon. Ne prends pas ça mal, mais tu devrais te regarder dans une glace.

- Je sais… Merci Christophe.

- Les copains sont faits pour ça, réplique-t-il. Allez, disparais de ma vue, repose-toi un peu.

Je m’exécute, et je rentre le plus vite possible chez moi.

 

 Ooooh ! (je baille) C’est fatigant de ne rien faire de la journée ! Quelle heure il est ? Minuit ? ! Bon, il est temps que je me couche, sinon je vais rater le train pour le grand sommeil. Allez hop ! au lit !

 1h du mat’. J’arrive pas à dormir. Et pourtant je me sens fatigué. C’est toujours comme ça quand je ne fais rien de la journée. Ca m’apprendra à écouter Christophe. Non, je suis méchant, il avait raison de me faire rentrer chez moi. C’est vrai que je me sens plus détendu. En fait, je crois que j’ai simplement peur de dormir, peur de rêver, peur de me retrouver encore dans ces cauchemars. Allez Damien, détends-toi. Tu ne peux pas rester éveillé toute la nuit quand même. Bon, Allons-y pour la bonne vieille méthode de relaxation. On commence par les pieds. Ils sont lourds, complètement détendus. Puis les jambes, elles se décontractent et s’alourdissent elles aussi. Puis le bas-ventre, puis le ventre et les mains, puis…

 

 - C’est ici l’entrée des souterrains ? demandé-je.

- Oui, répond Christophe. Alban m’y a déjà amené une fois. Mais on n’y est pas allé. C’était pendant une soirée et on allait rentrer chez nous. Il m’a juste montré l’entrée.

- Bon. Vous avez vos lampes de poche ?

Tous acquiescent.

- Vous n’avez pas oublié vos talismans ?

- Evidemment ! On dort même avec, réplique Delphine.

- Excuse-moi. Je préfère vérifier tout de même, on ne sait jamais, dis-je pour ma défense.

- Bon, on y va ? demande Ivan.

- C’est parti !

Nous entrons dans les fameux souterrains de PC, à la recherche d’on ne sait même pas quoi.

 - Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demande Christophe.

- C’est vrai quoi ! Ca fait dix fois qu’on tombe sur un cul-de-sac ! s’insurge Ivan.

- On avait dit qu’on essaierait d’explorer tous les souterrains, et c’est ce qu’on va faire. On veut en faire le plan je vous rappelle.

- Ca fait quand même quatre heures qu’on y est !

- Je sais Ivan, mais tu étais d’accord avec nous quand nous avons décidé de faire cette exploration. Il est un peu tard pour changer d’avis.

- C’est vrai, dit Christophe. Et puis, si tu essayais de repartir sans nous, je pense que tu te perdrais à coup sûr.

- … Bon, d’accord, dit Ivan. Mais où est-ce qu’on va maintenant.

- Cinq virages en amont, il y a un couloir qu’on n’a pas encore visité. C’est celui par où partent les canalisations.

- Okay, on explore encore celui-là, et après on ressort, on est tous crevés. On pourra continuer l’exploration une autre fois, dit Delphine.

- Ca me paraît correct, dit Christophe.

- Si tout le monde est d’accord, je me rangerais à votre avis, dis-je, un peu réticent.

Nous regardons tous Ivan.

- Bon, d’accord, d’accord, dit-il en reculant, vous avez gagné. Mais c’est le dernier couloir qu’on explore aujourd’hui, même si on ne trouve rien. J’en ai marre de tourner en rond.

- Juré, c’est le dernier pour aujourd’hui, lui dis-je.

Nous commençons à revenir sur nos pas, jusqu’à retrouver les canalisations que nous avions laissées. Nous tournons à droite pour les suivre et nous nous enfonçons dans un nouveau couloir. Tiens, celui-là m’a l’air beaucoup plus long que les autres. On n’en voit pas le bout malgré nos lampes de poche. Jusqu’à présent, nous étions tombés sur des couloirs avec beaucoup de virages, et tous étaient murés au bout. Par contre, celui-ci est tout droit, et beaucoup plus long. J’ai l’impression qu’il est aussi en pente. J’ai l’impression qu’on s’enfonce sous terre.

- Dites, vous sentez cette odeur ? demande Ivan.

Je renifle un peu. C’est bizarre, je sens quelque chose mais je n’arrive pas à déterminer quoi.

- Moi aussi je sens quelque chose, dit Christophe.

- Qu’est-ce que c’est ? demande Delphine.

- Je ne sais pas, réponds-je. Je n’arrive pas à déterminer ce que c’est. Peut-être qu’on est proche des égouts de Paris.

- Faites gaffe aux crocodiles alors ! s’écrie Christophe.

- Tu n’es pas drôle, répliqué-je.

Le silence règne de nouveau, à part le bruit de nos pas et son écho. L’odeur devient de plus en plus perceptible et pas très agréable.

- On dirait une odeur de pourriture, dit Delphine.

- C’est vrai, renchérit Ivan.

Je suis bien obligé de reconnaître qu’ils ont raison.

- Ne vous inquiétez pas, dis-je. C’est certainement un animal qui s’est perdu dans ces couloirs et qui est mort de faim. Ca peut vouloir dire que ce couloir mène quelque part.

- Un animal ? Ca m’étonne qu’un seul animal provoque une telle odeur de décomposition. Je ne crois pas qu’un éléphant aurait pu s’introduire là-dedans, remarque Christophe.

C’est vrai que cette odeur commence à être un peu trop forte.

- Ca va ? demandé-je. Vous n’avez pas de mal à respirer ?

- Non, mais c’est vraiment désagréable.

- Regardez !

Ivan pointe sa lampe vers un endroit précis. C’est un rat mort au bord du mur.

- Ce n’est qu’un rat, dis-je. Pourquoi as-tu crié comme ça ?

- Un rat seulement ? ! regarde !

Qu’est-ce que… ? Oh mon dieu ! Qu’est-ce c’est que ça ? Des centaines de cadavres de rats jonchent le couloir. Plus nous avançons et plus ils sont nombreux. La plupart commencent à peine à être décomposés mais certains sont déjà grouillants de vers. Nous commençons à marcher au milieu et l’odeur devient vraiment insupportable.

- Allez ! m’écrie-je pour leur donner du courage. Tous les rats de Paris ne sont certainement pas venus mourir ici.

Je les regarde. Ils sont devenus d’une pâleur à faire peur. Ivan réprime un haut-le-cœur tandis que Delphine fait de son mieux pour slalomer entre les cadavres. Nous continuons à avancer mais les cadavres ne font qu’être de plus en plus nombreux. Ils forment un véritable tapis qui cache le sol véritable du couloir. L’odeur continue à se faire sentir mais je commence à discerner autre chose derrière cette odeur de décomposition. Qu’est-ce que c’est ? Ca me fout la chair de poule. J’ai l’impression de connaître cette odeur.

- Aaah !

C’est Delphine qui a crié. Nous nous retournons tous en même temps sur elle. Elle tremble de tous ses membres et n’ose plus avancer.

- Qu’est-ce qui se passe ? demande Christophe.

- … Re… regardez, dit-elle en baissant les yeux.

Nous suivons son regard jusqu’à sa chaussure. Celle-ci est recouverte d’une poussière noire. Une poussière noire !

- Pousse-toi de là ! m’écrie-je

Ivan est plus rapide que moi et attrape Delphine. Quoi ! En courant vers elle, je l’ai vu marcher sur un rat non décomposé. Ce dernier est tombé en poussière ! Soudain je sens un souffle glacé sur mon cou. Les autres l’ont eux aussi ressenti. Nous nous retournons vers le fond du couloir d’où semble venir ce courant d’air glacé. Au lieu d’aérer, ce vent apporte encore plus d’odeur de décomposition, mais surtout l’odeur que je sentais derrière devient de plus en plus forte. Le froid et cette odeur me font frissonner. Ca y est ! je sais ce que c’est que cette odeur. Je l’avais sentie dans la pièce où l’Entité Noire était apparue en août dernier. Je ne m’en étais pas rendu compte tout de suite, mais là je la sens vraiment bien. Tout d’un coup, je vois un mouvement au fond du couloir, un morceau d’ombre qui bouge, une silhouette noire qui approche en volant !

- Courez ! courez et ne vous retournez pas ! crie-je à l’attention de mes compagnons.

Nous repartons tous ensemble par où nous sommes venus en courant, en essayant de ne pas trébucher sur les cadavres de rat.

- Aaah !

C’est Delphine ! Elle est tombée ! Nous nous arrêtons et nous retournons, mais Delphine est à cinq mètres de nous. Soudain un bras jaillit de l’ombre et l’attrape. C’est l’Entité Noire. Vite ! je sors mon talisman de dessous mon pull et je le dirige vers l’Entité.

- Je t’en prie, Talisman de Chaleur Solaire, aide-nous comme tu l’as déjà fait.

Un rayon de lumière et de chaleur jaillit du talisman. Ca marche ! Quoi ? L’Entité Noire a levé la main et arrêté le rayon ! Celui-ci se résorbe et la chaleur disparaît. Je regarde ma main. De la poussière noire ! Le talisman a été détruit ! L’Entité prend Delphine par le cou et la soulève du sol, puis soudain Delphine tombe en poussière !

- Non ! ! !  m’écrie-je. Vos talismans ! crie-je à Ivan et Christophe.

Je les regarde. Ils commencent à bouger puis se transforment aussi en poudre noire qui tombe au sol ! Mes pieds sont recouverts de poussière noire ! Tout le couloir est recouvert de poussière noire ! L’Entité Noire est devant moi, et malgré son visage sans traits, je sens qu’elle sourit. Puis les murs tombent aussi en poussière. Il n’y a rien derrière, juste un noir complet et glacial. Soudain le sol se dérobe sous mes pieds et je tombe…

 

 - Aaaaah !

Où suis-je ? Mon lit ? Je suis dans mon lit ? C’était un cauchemar ?

- Ouf !

Je me lève. Je suis en sueur et le lit est complètement en bordel. Je suis bon pour reprendre une douche, comme tous les jours depuis trois mois. Dans la salle de bains, je me regarde dans le miroir. Re-ouf ! Mon talisman est toujours autour de mon cou. C’est absolument irrationnel mais j’avais peur qu’il ait disparu. Je rentre sous la douche, et je fais couler une eau bien chaude, histoire de me détendre. Pendant ce temps, les conditions de mon cauchemar me reviennent en mémoire. J’ai quasiment rêvé toute notre exploration dans les souterrains de PC. La seule différence et que le dernier couloir rempli de rats de mon rêve, nous ne l’avons pas exploré. Quand nous étions arrivés au dernier cul-de-sac, Ivan avait en effet gueulé, et j’avais proposé ce couloir en dernier recours pour continuer l’exploration. Mais contrairement à mon rêve, ils avaient tous les trois refusé. Ils en avaient marre de tourner en rond et d’autres choses à faire. C’était surtout Delphine qui devait rentrer chez elle. Je m’étais alors rangé à l’avis de la majorité et nous étions ressorti. C’était début octobre. Depuis nous n’avons pas retrouvé un moment pour continuer d’où nous nous étions arrêtés. J’ai beau essayer de me détendre, cette histoire me travaille et mon esprit a inventé ce cauchemar à partir de mes souvenirs.

" Ton esprit n’a rien inventé. "

- Qui est là ? !

J’arrête le jet d’eau. Rien, pas un bruit dans l’appartement. J’ai dû rêver.

" Tu ne rêves pas. "

Ca recommence ! Cette fois, j’ai bien senti que ça ne venait pas de dehors. On dirait une voix dans ma tête. Qu’est-ce qui m’arrive ? Est-ce que je suis surmené ? Christophe avait raison de m’obliger à me reposer. Je commence à entendre des voix.

" N’oublie pas ce qu’il a dit d’autre. "

Je secoue la tête. Qu’est-ce qui se passe ?

- Y’a quelqu’un ? Qui que vous soyez, manifestez-vous !

Rien, le silence complet. Qu’est-ce c’est que cette voix ? Est-ce que quelqu’un essaie de me parler par télépathie ? Qu’est-ce qu’elle a dit déjà ? De me rappeler ce que Christophe m’avait dit ? … " Elle peut dans ce cas aussi influencer vos rêves. " ! Comment ai-je pu oublier ça ? C’était hier qu’il m’a dit ça ! … L’Entité Noire ! Elle essaie de me rendre fou. Elle influence mes rêves et mes pensées ! Elle rentre dans mon esprit et fait son petit bricolage ! Non ! Je n’accepterai pas qu’on viole mon esprit ainsi !

" Bien. Maintenant n’oublie pas le couloir. "

Qui êtes-vous ? ! Pourquoi vous ne vous présentez pas ? Si vous êtes télépathe, vous devez entendre mes pensées ? ! Le couloir ? Est-ce que ça voudrait dire que… ? Il faut que j’y retourne tout de suite ! Il faut tout de suite que j’aille dans ce couloir ! Je sors de ma douche, me sèche en quatrième vitesse et retourne dans ma chambre. La lumière passe à travers mes double-rideaux. Mais quelle heure il est ? Onze heures et demie ? Onze heures et demie du matin ? ! Vite ! J’ouvre mes volets pour laisser entrer la lumière et je me retourne vers mon lit. Quoi ? Sur le mur, il y a la marque que laisse l’Entité Noire quand elle traverse un mur ! Elle était là ! Pas le temps de tergiverser, il faut agir le plus vite possible et débusquer l’ennemi dans son antre. Dieu sait ce qu’elle est capable de faire. Je m’habille à toute vitesse et part en courant de mon appart. Pourvu que le métro ne soit pas trop lent !

 

 J’arrive dans le bâtiment. Il est midi pile. Je descends au foyer et tombe juste sur Christophe qui est en train de discuter avec quelqu’un que je ne connais pas. Christophe tourne la tête et me voit.

- Damien ? Je t’avais dit de rester chez toi aujourd’hui. Mais… qu’est-ce que tu as ? demande-t-il quand il voit ma tête.

- Pas le temps de t’expliquer ! Il faut nous réunir et retourner dans les souterrains tout de suite.

- Quoi ? Mais…

- Vite ! Je vous expliquerai tout en chemin.

Je vois dans le foyer Delphine et Ivan en train de discuter avec d’autres personnes. Je cours les chercher.

- Delphine, Ivan ! Pas le temps de vous expliquer, mais il faut faire vite. Venez !

- Mais…

- Pas de mais ! Vite !

Ils se regardent d’un air interrogateur mais sont obligés de me suivre quand je commence à les pousser devant moi. Christophe et l’autre mec n’ont pas bougé quand je reviens vers eux.

- Allez Christophe, on y va !

- Mais… on n’a même pas de lampe de poche !

- J’en ai une, dis-je.

- Moi aussi j’en ai une sur moi, dit le gars dont je ne connais pas le nom.

- Dans ce cas tu viens avec nous ! Allez, dépêchons-nous ! m’écrie-je en les poussant pour qu’on sorte.

- Mais où est-ce qu’on va ? ! demande Delphine.

- Dans les souterrains, dans le couloir que nous avons négligé d’explorer la dernière fois !

- Pourquoi ?

- Vite, vite !

Voyant comment je les presse, ils finissent par m’obéir et nous nous rendons au pas de gymnastique à l’entrée des souterrains.

- On sort les lampes ! Comment tu t’appelles, d’ailleurs ?

- Moi ? Eric, répond l’intéressé.

Il sort la lampe de son sac et l’allume.

- Tu te promènes toujours avec une lampe de poche sur toi ?

- Non, mais là j’en ai eu besoin il n’y a pas longtemps et j’ai oublié de l’enlever de mon sac.

- Bon ! On se dépêche au lieu de discuter ! m’écrie-je.

Nous rentrons dans les souterrains. Je ressors de ma poche de manteau le plan que j’en avais fait la dernière fois.

- Suivez-moi, ordonné-je.

- Mais tu vas nous expliquer ce qui se passe ? ! demande Christophe d’un ton exaspéré.

- D’accord, d’accord. Mais on peut parler et marcher en même temps.

 Je termine de leur raconter mon rêve, et tout ce qui s’est passé après, l’intrusion de la voix et la présence de la silhouette sur le mur de ma chambre. Delphine est devenue toute pâle au fur et à mesure que je racontais mon histoire.

- Je fais des cauchemars depuis à peu près deux mois, finit-elle par dire. Je pensais pas que ça pouvait être l’Entité qui fasse ça !

- C’est normal. Elle nous en empêche en influençant nos pensées. Si l’autre voix n’était pas intervenue, je ne me serais pas rappelé ce que Christophe m’avait dit hier.

- Qu’est-ce que c’était, cette " autre voix " ? demande Ivan.

- J’aimerais bien le savoir, dis-je.

- Alors… tout ce qu’on m’a dit était vrai ? demande Eric, inquiet.

- Je ne sais pas ce qu’on t’a dit, lui dis-je, mais l’Entité Noire existe bel et bien. Et elle est bien apparue deux fois au foyer, plus une autre fois dans une pièce d’un des labos il y a trois mois, mais nous avons préféré ne pas révéler cela pour éviter la panique.

- Et qu’est-ce que vous voulez faire maintenant ?

- Je suis sûr que mon rêve contient une part de réalité. Ce couloir est important. Si nous trouvons où il mène, nous obtiendront peut-être des réponses. D’ailleurs on y arrive. Vous avez vos talismans, vous autres ?

- Oui ! acquiescent-ils tous.

- Alors on y va ! Et n’oubliez pas qu’Eric n’en a pas. S’il y a un problème, ce sera à nous de le protéger.

- Je suis capable de me défendre tout seul, se défend-il.

- Pas contre ce vers quoi nous allons peut-être. Bon, on va pas rester ici cent sept ans ! Allons-y.

Et nous entrons dans ce couloir, dans le couloir de mon cauchemar.

 Quel silence ! Le bruit de nos pas résonne dans le noir. Ca fait déjà dix minutes que nous marchons, ce qui représente à peu près un kilomètre, et le couloir se continue sans changement, avec les canalisations qui continuent à courir le long du mur. Ce couloir est bien en pente, je le sens. Nous nous enfonçons dans les profondeurs de Paris.

- Dites, vous sentez ? demande Eric.

L’odeur ! La même que dans mon rêve. Calme-toi Damien ! Tu n’es pas dans un cauchemar. Tu es prévenu de ce qui risque de se passer. Et tu vas en profiter pour te défendre !

- C’est la même odeur que dans mon cauchemar. Tenez-vous prêts ! préviens-je.

Nous continuons à avancer.

- Regardez !

C’est Ivan qui a crié. Un rat. Un rat mort est dans le faisceau de la lampe d’Eric.

- Ca commence, dis-je. Ne vous inquiétez pas s’il y en a de plus en plus. Plus vous paniquerez, plus l’Entité Noire gagnera du terrain sur nous. Ce n’est qu’en restant calmes que nous avons une chance de la surprendre.

- Tu veux dire que c’est son repaire ? demande Ivan.

- Non, réponds-je. L’Entité Noire n’est pas une créature faite de matière comme nous. Son repaire est dans les autres plans de la réalité qui forment notre Univers. Mais pour apparaître dans notre plan, elle a besoin d’une porte d’entrée, et je suis quasiment certain que cette porte est dans ce couloir. Allez, ne nous arrêtons pas en si bon chemin.

Nous continuons à avancer. Comme dans mon cauchemar, les cadavres de rats sont de plus en plus nombreux et finissent par former un tapis de chair morte.

- Signalez-moi dès que vous voyez quelque chose ressemblant à la poussière noire. Ca signifiera que nous sommes proches du but.

Mon cœur bat la chamade. Calme-toi Damien ! C’est différent de ton rêve. L’odeur de putréfaction est beaucoup plus supportable. L’Entité Noire peut influer sur nos pensées, mais ses effets sur la matière restent limités. Dangereux, certes, mais limités tout de même.

- On va encore marcher longtemps ? demande Eric.

- Je ne crois pas, répliqué-je. Je commence à sentir l’autre odeur derrière l’odeur de pourriture, l’odeur de l’Entité Noire.

- La poussière noire !

C’est Delphine qui a crié cette fois. Je la regarde. Elle a marché sur un rat qui est tombé en poussière.

- Recule-toi Delphine, lui dis-je. Préparez-vous maintenant, la confrontation va commencer.

Comme pour appuyer mes dires, je sens un souffle glacé sur ma nuque. Je me retourne pour faire face aux ténèbres du couloir, attendant son arrivée de pied ferme. Le souffle forcit, puis devient un véritable vent d’hiver, charriant cette odeur monstrueuse qui devient plus forte que l’odeur de putréfaction. Je tremble. Est-ce le froid ou la peur ? Pas le temps de réfléchir à ça, je vois les ténèbres bouger.

- Alors te voilà. Tu es étonné, lui lancé-je hardiment. Tu ne t’attendais pas à ce que nous venions jusqu’ici.

" Au contraire ! "

- Aaah !

Je mets mes mains à la tête. Nous avons tous crié en même temps. Je regarde les autres. Ils se tiennent tous la tête comme moi, sauf Eric qui s’est carrément évanoui. C’était à la fois un cri et une pensée. C’est l’Entité Noire qui nous a parlé directement dans notre esprit, et ses pensées sont glaciales, tranchantes comme le blizzard, grondantes comme une avalanche, et elles font mal, mal à en pleurer ! Je secoue la tête pour retrouver mes esprits. Je regarde le fond du couloir. Te voilà ! Son corps d’ombre absolue se détache de l’ombre dans le couloir. Elle vole à mi-hauteur, et son visage noir sans traits semble refléter la joie.

- Alors que dis-tu de ça ? lui dis-je. Nous t’avons débusqué !

" Vous êtes surtout tombés dans mon piège ! "

Je suis obligé de m’appuyer contre le mur pour rester debout. Le choc qui accompagne ses pensées est effroyable ! Je regarde un peu les autres. Christophe a mis un genou à terre. Delphine se tient à Ivan qui lui-même se tient au mur.

- Tenez bon ! leur crie-je. On peut lui résister !

" Tu es bien prétentieux ! "

Aïe ! c’est de pire en pire. L’Entité se rapproche doucement au fur et à mesure, et nous torture avec ses pensées. Mon cerveau va exploser.

" Tu croyais peut-être résister à mon contact ! Tu croyais peut-être que tes compagnons pourraient t’aider ! Mais tu es sur mon territoire, et maintenant je vous connais tous ! "

Je regarde à mes pieds. Les cadavres de rats ont laissé la place à une épaisse couche de poussière noire. Soudain je manque de tomber. Le mur sur lequel je m’appuyais a disparu ! Je jette un coup d’œil circulaire. Tous mes compagnons sont là, même Eric qui est allongé sur le sol, inconscient, mais nous ne sommes plus dans le couloir. Nous sommes dans une espèce de désert de poussière noire. Au-dessus de nous, le ciel est d’un gris profond, parsemé d’éclairs noirs résonnants douloureusement à mes oreilles. Nous avons traversé la porte ! Nous sommes chez l’Entité Noire ! C’est son territoire ! Je la regarde. Sa silhouette noire se détache sur fond de ciel gris. Elle n’avance plus, et se contente de nous regarder. En tout cas, c’est l’impression qu’elle donne.

" Bienvenue chez moi ! Pour vous, ce lieu sera votre chambre de torture ! "

Le choc est tel que je me retrouve par terre. J’entends aussi mes compagnons gémir.

- Réagis Damien ! Ne te laisse pas faire comme ça !

Je lève la tête. Eric ? Non, ce n’est pas lui ! C’est son corps, mais ses yeux ne sont que deux feux d’une blancheur immaculée, et ses bras et ses jambes pendent dans le vide. Qu’est-ce qui se passe ?

- J’ai pu prendre le contrôle du corps de cet homme inconscient, mais je ne pourrai pas le garder longtemps. C’est le seul moyen que j’avais pour communiquer avec toi. L’autre bloque l’accès à vos pensées. Relève-toi Damien !

Quelque chose dans cette voix me donne la force de me relever, mais je reste mal assuré sur mes jambes.

- Qui… qui êtes-vous ? finis-je par demander.

- Ce n’est pas le moment de poser des questions ! Il se rapproche !

Je me retourne. En effet, l’Entité Noire se rapproche doucement de nous. L’impression qu’elle donne n’est plus une impression de joie mais de colère. Elle semble tendue à l’extrême. Le vent glacé se met à me fouetter le visage. Il charrie de la poussière noire qui me brûle le visage et les yeux. Je me retourne vers le corps d’Eric.

- Qu’est-ce que je peux faire ? Il est bien trop fort pour nous !

- Le Talisman de Chaleur Solaire peut devenir une arme ! Il suffit que tu en aie la volonté !

- Le talisman ? !

Bon, pas le temps d’hésiter. Je retire le talisman de mon cou et le tiens dans ma main. Puis je me retourne et le brandis en direction de l’Entité.

- Talisman de Chaleur Solaire ! Si tu peux m’aider, fais-le maintenant !

Je sens alors une chaleur intense dans ma main et un faisceau de lumière blanche jaillit du talisman ! Mais l’Entité Noire parvient à bloquer le rayon de sa main et celui-ci disparaît tandis que je suis repoussé fortement, comme si j’avais été frappé par un gros sac de sable ! Je manque de tomber par terre mais je me reprends.

- C’est bien ! crie l’autre chose par la bouche d’Eric. Recommence ! Tu peux la combattre, tu en as la volonté !

Il a raison ! J’en ai marre de ces trois mois de cauchemars, je veux que ça s’arrête, je veux que ça s’arrête maintenant ! Je me relève, brandit le talisman de nouveau et le faisceau réapparaît. Il frappe l’Entité Noire qui le repousse de sa main, mais il ne disparaît pas comme la première fois. Cependant, je sens une douleur fulgurante dans mon nez et il se met à saigner.

" Tu ne me vaincras pas sur mon territoire, quoi qu’en dise l’autre ! "

Tiens ? Ses pensées m’ont fait mal, mais moins qu’auparavant. On dirait que sa puissance diminue, ou que je suis protégé par quelque chose.

- Tu es bien prétentieux ! lui dis-je, singeant le ton qu’il avait pris.

" Ne te moque pas de moi ! ! ! "

Cette fois, le choc a été plus rude, mais pas assez pour que je ne puisse pas résister. Le faisceau de lumière blanche a vacillé, mais je me suis repris et il est reparti de plus belle, encore plus puissant semble-t-il.

- Tu te fatigues, dis-je. Tu n’es plus capable de me faire tomber par terre ?

Même le vent glacé semble faiblir.

" Et toi ? Penses-tu être capable de me résister autant que moi ? "

Son autre main se lève vers moi et un faisceau noir apparaît soudain ! Instinctivement, je lève la main et je parviens à l’intercepter ! Le froid envahit ma main, mais j’arrive à tenir le coup !

- Aaah !

Le froid a comme mordu ma main tout d’un coup et je n’ai pas pu tenir. Je me retrouve à terre et le talisman s’éteint. Ca fait mal ! J’ai la main gelée ! Je ne peux plus la bouger ! Je regarde l’Entité Noire. Elle se rapproche un peu de moi, puis tend sa main et un faisceau noir part vers moi… et est intercepté par un faisceau de cette lumière blanche et chaude ! L’Entité Noire semble aussi surprise que moi et recule sous le choc, mais sans faire disparaître le faisceau. D’où vient ce rayon blanc ? Je me tourne vers son origine.

- Delphine ? ! m’écrie-je.

Elle me regarde.

- J’ai pensé que je pouvais peut-être faire comme toi, alors j’ai pris mon talisman… et voilà. Il fallait bien que quelqu’un t’aide.

Elle grimace un peu. Elle ne tiendra pas longtemps.

- Tiens le coup, Delphine ! lui dis-je. Christophe, Ivan, avec moi ! Sortez vos talismans et faites comme nous. Il suffit de le vouloir pour qu’ils deviennent une arme !

Ils acquiescent de la tête, se relèvent en même temps et sortent leurs talismans. Je retourne vers l’Entité. Elle gagne du terrain sur Delphine : son rayon noir est en train de grignoter sur le rayon blanc du talisman. Il faut que je l’aide ! Je cours à côté d’elle, brandis mon talisman, et fais converger mon rayon sur le rayon noir. Celui-ci perd du terrain, puis se stabilise à peu près à mi-chemin entre l’Entité Noire et nous. Puis un troisième rayon blanc apparaît et le rayon noir recule encore. C’est Christophe qui nous a rejoint. Enfin Ivan arrive, et avec lui un quatrième faisceau de cette lumière blanche et chaude qui m’avait déjà sauvé une fois. Cette fois, il semble que l’Entité Noire n’ait plus assez de force pour nous résister. Son rayon noir recule, puis disparaît et nos faisceaux frappent directement sa main. Sous leur effet, il commence à être repoussé doucement, sans pouvoir rien faire contre ça. Puis des murs sortent de la poussière noire, un plafond recouvre le tout et nous nous retrouvons de nouveau dans le couloir des souterrains ! La poussière noire et les rats ont disparu. Il ne reste plus qu’un couloir éclairé par nos faisceaux lumineux.

" Vous ne pouvez pas me tuer ! Je suis invulnérable ! Je fais peur à la mort elle-même ! Vous pouvez me repousser, mais je reviendrai un jour. Cela ne fait que commencer, tout ne fait que commencer. Mes desseins peuvent être repoussés, ils ne seront jamais brisés. Jamais ! Jamais ! ! ! "

L’Entité Noire continue à être repoussée, puis devient translucide, et disparaît d’un seul coup. Nos talismans s’éteignent, et nous nous retrouvons dans l’obscurité. Soudain je sens une lumière et une chaleur derrière moi. Les autres semblent les avoir senties aussi car ils se retournent en même temps que moi. Je vois Eric à terre, mais au-dessus de lui, un corps flotte à mi-hauteur. C’est un corps blanc, lumineux, éclatant, et pourtant je ne suis pas ébloui. Il a forme humaine, mais pas de traits discernables. On dirait l’équivalent lumineux de l’Entité Noire.

" Bravo, vous avez été formidables. "

Cette pensée semble venir de cette silhouette. Elle est accompagnée d’une chaleur douce et intense. Je sens tout à fait bien d’un seul coup ! J’arrive à bouger ma main gelée, mon nez et ma tête ne me font plus mal ! Je regarde la silhouette lumineuse, m’apprête à parler mais elle disparaît avant que j’aie eu le temps de dire quoi que ce soit. Nous nous retrouvons dans l’obscurité la plus complète. Ma lampe ! Où est-elle ?

- Cherchez les lampes de poche, dis-je, on ne pourra pas sortir d’ici sans lumière.

Soudain une lumière apparaît. C’est Ivan qui a retrouvé une lampe par terre. Nous allons tous vers lui.

- Aïe !

J’ai senti une brûlure fulgurante dans la main qui tenait le talisman, et par réflexe je l’ai lâché. C’est alors que je me rends compte que nous avons tous les quatre crié en même temps et lâché nos talismans. Ivan pointe la lampe vers l’endroit où nous les avons fait tomber.

- Oh non ! s’écrie Christophe.

- Ils ont fondu ! continue Delphine.

Les quatre talismans sont là, mais ils sont méconnaissables. Le métal dont ils sont formés a été comme porté au rouge et ils ont fondu. Ils sont devenus inutilisables ! J’entends un gémissement.

- Eric ! Je l’avais complètement oublié celui-là !

Nous courons à l’endroit où il était tombé, et nous le retrouvons en train d’essayer de se relever.

- Attends ! N’essaie pas de te relever tout de suite, lui dis-je en lui soutenant le dos.

Il nous dévisage tous les quatre.

- Qu’est-ce… qu’est-ce qui s’est passé ? J’ai à peine vu l’Entité Noire, et maintenant je me retrouve par terre.

- On t’expliquera, dit Christophe.

- Mais…

- Pas de mais, dis-je. Sortons d’abord de cet endroit. Appuie-toi sur moi pour te relever.

J’aide Eric à se relever, puis nous commençons à marcher vers la sortie de ces souterrains, tellement épuisés que nous ne parlons pas de toute la marche.

 

 Mardi 1er décembre. Deux semaines sans un seul cauchemar, ça fait un bien fou ! Maintenant, je ne me fais plus peur quand je me regarde dans un miroir. J’ai retrouvé des couleurs et repris du poids. Le sortilège est brisé. Mais ce matin, je suis obsédé par le couloir où a eu lieu l’affrontement, et surtout par cette chose, cette chose qui nous a donné la force de lutter contre l’Entité Noire, cette chose à qui je n’arrive pas à donner un autre nom que l’Entité Blanche. Quand j’arrive à PC, Delphine, Ivan, Christophe et Eric m’attendent dehors, à deux pas de l’entrée des souterrains. Qu’est-ce qui se passe ?

- Salut Damien, tu as senti l’appel comme nous, non ? me demande Christophe.

Je comprends tout de suite de quoi il veut me parler. Il faut que nous retournions dans ce couloir.

- Oui, je l’ai ressenti. D’ailleurs, maintenant que j’y pense, j’ai ramené le plan des souterrains sans même m’en rendre compte. Vous avez des lampes de poches ? J’ai perdu la mienne dans le couloir et on est partis sans la récupérer.

- T’inquiète pas, on a tout ce qu’il faut.

- Alors on y va.

 Pendant que nous marchons dans les souterrains, je m’interroge soudain.

- Eric ? Tu as ressenti l’appel toi aussi ?

- Oui, répond-il. Je crois même, d’après ce que m’ont dit les autres, que je l’ai ressenti beaucoup plus fortement que vous tous. J’ai rêvé de l’Entité Blanche.

- Quoi ? ! m’écrie-je.

- Oui. Dans mon rêve, elle me demandait de retourner dans les souterrains. Elle aurait quelque chose à nous dire.

- Son corps a été utilisé par l’Entité Blanche pendant quelques minutes, explique Christophe. Peut-être que ça a crée un lien privilégié entre eux deux.

- C’est possible, dis-je, assez étonné tout de même.

- Regarde, Damien !

- Quoi ?

Je suis le regard de tout le monde. Ma lampe de poche ! Je l’attrape et l’essaie. Elle marche sans problèmes ! On dirait même qu’elle est plus puissante qu’avant ! Mais, si ma lampe de poche est ici…

- Mais, on est déjà dans le couloir ! m’écrie-je.

- C’est pas possible ! s’écrie Delphine.

Je regarde autour de moi. Oui, c’est bien le couloir ! Nous y sommes arrivés sans nous en rendre compte ! Pourtant nous aurions normalement dû encore marcher pendant un bon quart d’heure avant d’arrivée à l’entrée de ce couloir !

- Damien, le mur ! s’écrie Ivan.

Je pointe ma lampe sur le mur que m’indique Ivan. Quelque chose est écrit dessus. C’est une écriture fine, mais elle est différente de celle de l’Entité Noire. De plus, les lettres semblent briller d’elles-mêmes ! Je lis :

 

la lettre de l'Entité Blanche

 

 Quand nous avons tous fini de lire, le texte se met à briller intensément puis disparaît du mur. Nous nous regardons un moment en silence. Soudain, Ivan rompt le silence.

- Damien…

- Oui Ivan ?

- Qu’est-ce qu’il voulait dire par " fêtez le solstice d’hiver " ?

- … Je n’en suis pas sûr…

- Dis toujours, dit Delphine.

- La fête du solstice d’hiver est à peu près aussi vieille que l’humanité elle-même. Beaucoup de sociétés non chrétiennes la pratiquent encore. Le printemps est la renaissance de toute vie, et autrefois on croyait que la vie devait se battre contre les glaces éternelles de l’hiver pour pouvoir revenir. Fêter le solstice d’hiver, c’était alors fêter la vie, avoir espoir en sa réapparition. Certaines sociétés pensent même qu’il faut absolument fêter le solstice d’hiver, sans quoi la vie se sentirait abandonnée et ne reviendrait pas l’année suivante, et le monde mourrait… La fête du solstice d’hiver, c’est la fête de l’espoir. Fêter le solstice d’hiver, c’est avoir foi en l’avenir. C’est ce que nous demande l’Entité Blanche, avoir espoir, avoir foi en nous et en l’avenir, ne pas laisser les ténèbres nous envahir et nous préparer au retour du printemps.

Mais qu’est-ce qui m’arrive ? Je pleure comme une madeleine. D’ailleurs je ne suis pas le seul : nous sommes tous en larmes.

- Vous êtes une sorte de club ? demande Eric.

- Une organisation, répond Christophe, l’Organisation de Protection contre l’Entité Noire, le Club de l’Espoir, si tu préfères. Tu veux t’inscrire ?

- Où est-ce qu’on signe ? réplique Eric.

- J’ai encore quelque chose à vous dire, commencé-je en me retournant vers eux. La fête du solstice d’hiver a un autre nom dans notre contrée. C’est l’une des plus grandes fêtes, la fête de l’espoir et du bonheur.

- Qu’est-ce que c’est ?

- C’est la fête d’une naissance particulière, mais aussi de toutes les naissances en général, le cadeau de la vie.

- Mais qu’est-ce que c’est à la fin ? demande Christophe, impatient.

- … C’est Noël.

 

 

 Eh bien, pour une fois je n’ai rien à ajouter à par ceci : Quoi qu’il arrive, fêtez vous aussi le solstice d’hiver, donnez la force au printemps de revenir. Joyeux Noël à tous.


Tsela Jemufan Atlinan C.G.


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